Amqui : Gagnon a « élaboré un plan pour se venger de la société »
Les plaidoiries dans le procès de l’auteur présumé de l’attaque d’Amqui se sont closes mercredi avec les arguments de la poursuite, qui a soumis au jury que l’accusé avait « tué de façon préméditée et de propos délibéré trois personnes, en plus de tenter d'en tuer neuf autres », le 13 mars 2023. Steeve Gagnon était habité d’une grande colère contre les médecins et contre Service Canada, qui lui refusait le chômage, a rappelé le plaideur. Présentant à nouveau les vidéos où l’accusé s'est imaginé écraser des enfants dans trois cours d’école à Amqui, Me Blanchette martèle que les similitudes sont évidentes entre le scénario raconté le 11 mars 2023 et la tragédie, survenue deux jours plus tard. Le procureur est revenu sur le fait que l’accusé est allé dans la cour de la polyvalente d’Amqui, avant de se rendre sur le boulevard Saint-Benoît, où il a happé un premier groupe de piétons six minutes plus tard. Est-ce que monsieur savait ou ne savait pas que [le lundi 13 mars] était une journée pédagogique? Un homme célibataire, sans enfant… Comment aurait-il pu le savoir? Le site de collision devant La Captive. On y aperçoit des rondelles bleues qui représentent une trajectoire en accélération, a expliqué le reconstitutionniste Keven Labrie. Photo : DPCP Me Simon Blanchette a souligné de nombreuses contradictions et incompatibilités dans le récit de l’accusé et les autres éléments de preuve. Il a également remis en doute l’amnésie de Steeve Gagnon après le drame. En faisant référence à l’impulsivité décrite par l’avocat de la défense, Me Blanchette a demandé au jury : Pendant le plaidoyer de Me Blanchette, Steeve Gagnon, du banc des accusés, a lancé des commentaires de temps à autre, faisant également des pouces en l’air ou des majeurs à l’intention du procureur. L’avocat qui représente l’auteur présumé de l’attaque d’Amqui a plaidé, mercredi matin, que son client avait fait « un faux mouvement » puis « échappé la route » avant de percuter plusieurs piétons. D’un ton calme et posé, Me Hugo Caissy a déclaré, devant les 14 membres du jury mobilisés dans le cadre du procès de Steeve Gagnon, que l’acquittement était possible, que les événements pouvaient être considérés comme un accident. Me Hugo Caissy, qui représente Steeve Gagnon. Photo : Radio-Canada / Francois Gagnon Selon l’avocat de l’aide juridique, le témoignage de Steeve Gagnon était Ce n’est pas parce que l’accusé est confus […] que sa version n’est pas la bonne. Steeve Gagnon est un homme impulsif et il l’a démontré à plusieurs reprises en cour, déclare Me Caissy. La défense avance par ailleurs que si le jury croit que les gestes de Steeve Gagnon le 13 mars 2023 étaient volontaires, les jurés doivent conclure qu’ils ont été faits sur le coup de l’impulsivité et n’ont pas été prémédités. Steeve Gagnon a témoigné la semaine dernière, au jour 13 de son procès. (Photo d'archives) Photo : Radio-Canada / Luc Paradis Aux yeux de l’avocat, les vidéos réalisées deux jours avant le drame par l’accusé ne prouvent rien et présentent trop de différences avec ce qui s’est concrètement passé. On y entend d’ailleurs Steeve Gagnon menacer plusieurs autres personnes, dont un joueur de hockey, rappelle Me Caissy. C’est l’histoire prévisible d’un homme en colère. […] Le punch, c’est que l’accusé n'est peut-être pas coupable. L’avocat de Steeve Gagnon a également plaidé que les souvenirs flous de son client s’expliquaient par une amnésie dissociative, comme l’avait avancé le psychiatre Samuel Gauthier la semaine dernière. Une trentaine de personnes, dont une dizaine de proches des victimes, étaient présentes dans l’assistance, au palais de justice de Rimouski, pour entendre les plaidoiries. Dès jeudi matin, le juge Louis Dionne donnera ses directives au jury. Deux des 14 membres du jury seront exclus des délibérations au terme d'un tirage au sort. Simon-Guillaume Bourget, Gérald Charest et Jean Lafrenière ont perdu la vie après avoir été happés par un F-150 le 13 mars 2023. Les événements ont fait au total 12 victimes. (Photo d'archives) Photo : Radio-Canada / Luc Paradis Les 12 jurés peuvent s'attendre à être coupés du monde extérieur dès jeudi pour délibérer. Ils auront entendu un total de 48 témoignages, dont 46 ont été présentés par la Couronne. Des centaines de photos et de vidéos ont également été déposées en preuve lors du procès qui s'est ouvert il y a cinq semaines. Steeve Gagnon est accusé de trois meurtres au premier degré et de deux tentatives de meurtre en utilisant un véhicule à moteur. Il a notamment été admis en cour, par toutes les parties, que l'accusé a, au volant de sa camionnette, happé mortellement trois personnes en plus d'en blesser trois autres gravement, le 13 mars 2023.La seule conclusion qui s'impose, c'est que l'accusé devrait être reconnu coupable de tous les chefs d'accusation
, a déclaré Me Simon Blanchette, procureur de la Couronne.Un plan n'a pas besoin d'être complexe, ça peut être très simple. Pas besoin d'être prévu longtemps avant l’exécution
, a précisé l’avocat, quant à la question de la préméditation des gestes commis.Faites l'exercice : comptez six fois 60 secondes dans votre tête. Est-ce qu’il a eu le temps de réfléchir à ce qu'il allait faire [après s’être rendu à l’école]? A-t-il eu le temps d'adapter son plan?
, a demandé le procureur aux 14 jurés.
S'il a agi impulsivement lors de la première collision, est-ce qu'il a réfléchi avant de retourner sur le trottoir pour happer Gérald Charest plus loin, puis Simon-Guillaume Bourget?
Steeve Gagnon a « échappé la route », plaide la défense

plausible et vraisemblable
et se raccordait à de nombreux éléments de preuve.À aucun moment Steeve Gagnon ne nie avoir été impliqué dans un événement grave
, a souligné l’avocat, souhaitant ainsi démontrer l’honnêteté de l’homme assis sur le banc des accusés.Quand il me dit "ta gueule, c’est moi qui parle", c’est impulsif.
Ses vidéos traduisent aussi son impulsivité et ses symptômes de trouble délirant, ajoute-t-il.La défense balaie la thèse des meurtres au premier degré
C’est une décision impulsive prise sur le moment, une journée où il est en tabarnak contre le chômage. Sa journée va mal, il n’a pas pu avoir de cigarettes et, impulsivement, décide de foncer sur des gens
, résume Me Caissy, comme une des thèses possibles à retenir.
Ces vidéos ne montrent rien d’autre qu’un individu qui raconte une histoire.
Les jurés isolés jeudi
Vous avez une tâche à accomplir d'ici demain : on fait sa petite valise
, a déclaré mercredi après-midi le magistrat aux 14 personnes assises à sa droite.
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